Les entreprises allemandes face au besoin ponctuel d’expertise : l’essor de l’intermédiation de personnel hautement qualifié

En Allemagne, les grandes entreprises recourent toujours plus à des services d’intermédiation pour « louer » du personnel qualifié ou contracter avec des prestataires indépendants afin de mener à bien des projets ponctuels. Les PME montrent encore des signes de réticence face à ce qui semble pourtant être une mutation des modèles organisationnels et répond à la même logique d’autonomie professionnelle et de souplesse pour les entreprises que véhicule le portage salarial .

Les NTIC, un secteur révélateur : les services d’intermédiation de travailleurs indépendants y progressent plus vite que les entreprises de conseil

Une étude publiée en août 2013[1] montre que les entreprises allemandes recourent de façon croissante à des services d’intermédiation pour s’attacher les compétences d’un travailleur indépendant expert en TIC. Ces services connaissent outre-Rhin une croissance structurelle forte : +29,1% de croissance du chiffre d’affaire pour les 10 leaders de ce secteur en 2011 ; +10,5% en 2012 et +11,1% prévus en 2013 (tandis que la croissance du PIB était de 3% en 2011 ; 0,7 % en 2012 et sa prévision de 0,4% pour 2013).

Fait marquant, cette forte croissance des services d’intermédiation d’indépendants est supérieure à la croissance du secteur du conseil en TIC et en intégration de systèmes d’information (+8,2% en 2012), secteur qui est concurrent dans les budgets d’entreprises.[2]

Cette tendance s’explique, selon l’auteur, par un « fort besoin de flexibilisation de l’économie allemande dans son ensemble » ainsi que par « une mutation du comportement de la demande de services » dans les ETI allemandes et grandes entreprises, qui professionnalisent leurs processus d’achat de services et passent ainsi par des services d’intermédiation pour engager des prestataires indépendants.

Concevoir et innover à l’aide de talents recrutés temporairement : les grandes entreprises allemandes font de plus en plus appel à des ingénieurs « externes »  

Les besoins fluctuants de main d’œuvre qualifiée et le besoin croissant d’expertises spécifiques conduit aujourd’hui les entreprises, selon une étude empirique menée en Allemagne par Berlecon Research GmbH[3], à recourir toujours plus à des relations de travail flexibles pour s’attacher temporairement les compétences d’ingénieurs dits externes.

Par sondage auprès de 161 entreprises de plus de 250 salariés (représentatives des entreprises de taille moyenne, ETI et grandes entreprises allemandes), l’étude met en évidence que 80% des entreprises estiment que le besoin en connaissances spécifiques augmente. A cet égard, 52% jugent que la demande de prestations d’ingénieurs fluctue fortement et 50% déclarent que les connaissances dans le secteur de l’ingénierie sont rapidement obsolètes.

46% de ces entreprises déclarent compter parmi leurs effectifs des ingénieurs externes. Cette part augmente avec la taille des entreprises. Les ingénieurs externes sont principalement des prestataires sous contrat de prestation de service (28% des entreprises), de réalisation d’ouvrage (24%), ou des salariés mis à disposition par l’intermédiaire d’une agence d’emploi (23%). 

En France, le portage salarial est une forme d’emploi qui répond aux spécificités de ces travailleurs. Dans les pays où il n’existe pas, comme en Allemagne, des formes voisines se développent, avec une présence croissance de dispositifs d’intermédiation et de sécurisation sociale (que les travailleurs soient indépendants ou salariés par un agence d’emploi qui assure le rôle d’intermédiaire).


[1] Der Markt für Rekruitierung, Vermittlung und Steuerung freiberuflicher IT-Experten in Deutschland (« Le marché du recrutement, de l’intermédiation et de la gestion fiscale des Indépendants experts en TIC en Allemagne »), par Hartmut Lüerßen, août 2013 © Lünendonk GmbH, Kaufbeuren, Allemagne

[2] Ibid.

[3] Einsatz externer Ingenieure 2010 — eine Bedarfsanalyse (« Le recours aux ingénieurs externes en 2010 — analyse d’un besoin »), par Dr. Andreas Stiehler, Berlecon Research GmbH, 2010 © Hays AG, Mannheim, Allemagne : lien